Les pansements d’asticots !
Dans certains pays, pour panser et permettre une meilleure cicatrisation, les médecins n’hésitent pas à employer des pansements dans lesquels sont minutieusement enfermés des larves de mouches. Plus connus sous le nom d’asticothérapie, les larves sont d’une espèce de mouche particulière (la Lucilia sericata ou Mouche verte) et elles ont la particularité de ne consommer que les tissus nécrosés (morts) en facilitant la cicatrisation des tissus sains, et en stimulant la production de tissus cicatriciels, tout en désinfectant les plaies sans usage d’antibiotiques.
On retrouve des écrits relatant sont usage dans l’Antiquité, la Renaissance, par les Mayas, certains aborigènes d’Australie et les Egyptiens, technique remarquée par les médecins de Napoléon Bonaparte.
Durant la Première Guerre mondiale, un chirurgien orthopédique a identifié sur le champ de bataille l’efficacité de la colonisation d’une certaine larve de mouche pour guérir certaines blessures. Il a notamment rapporté le cas d’un soldat qui a passé plusieurs jours sur le champ de bataille sans soins, sans nourriture ni eau exposé aux éléments avec des fractures multiples ouvertes du fémur et de grandes blessures à l’abdomen et au scrotum. Quand il est arrivé à l’hôpital, il ne présentait pourtant aucun signe de fièvre malgré la nature sérieuse de ses blessures. Une fois ses vêtements enlevés, il s’est avéré que des « milliers et des milliers de larves avaient colonisé la totalité des parties blessées ». À la surprise du médecin, après que ces larves aient été enlevées « il n’y avait pratiquement aucun os nu à voir et la structure interne de l’os blessé comme les pièces environnantes avaient pour la plupart été entièrement couvertes du plus beau tissu rose qu’on pouvait imaginer ». Ce cas est décrit à une époque où les antibiotiques n’étaient pas connus, et où 75 à 80% des victimes de fractures multiples du fémur mouraient malgré les soins qu’on pouvait leur donner.
Cette pratique s’est perdue, probablement à cause de l’aspect et du coté répugnant de cet animal. Il est vrai que la mouche n’est pas un animal très apprécié et encore moins ces rejetons !
Finalement cette technique a un regain d’intérêt car l’utilisation généralisée d’antibiotiques a renforcé l’agressivité de certaines catégories de bactéries, et de ce fait certaines plaies infectées ne guérissent plus et poussent à l’amputation.
Des tests ont donc été faits par des médecins et chercheurs. En quatre ans, plus de cinquante articles scientifiques ont décrit l’utilisation médicale d’asticots, portant sur 400 patients ayant fait l’objet d’études cliniques, parmi six mille traités et répertoriés. Selon ces tests, 40% à 50% des membres ainsi traités ont été sauvés.
Plus de 3 000 médecins (de cliniques et d’hôpitaux) dans plus de 20 pays utilisent aujourd’hui cette technique, qui pourrait utilement se développer dans les pays où l’accès aux antibiotiques est difficile et là où les souches de bactéries se développent et sont les plus dévastatrices. En 2003, environ 3 000 traitements ont été administrés à 6 000 à 10 000 patients.




C’est parti pour l’expérience tactile !